La parole à Stefaan Michielsen, Lieven Desmet et Dominique Liesse

Stefaan Michielsen, De Tijd

Quel regard portez-vous sur le monde de la finance en Belgique ?

D’abord un regard curieux. La crise a profondément ébranlé le secteur financier belge. Lequel a ensuite dû affronter une réglementation plus stricte, un environnement économique difficile, de faibles taux d’intérêt et des évolutions technologiques. Il est intéressant de voir comment les différents opérateurs ont appréhendé ces obstacles. Ensuite, je considère le secteur sous un angle critique : ses dérives ont contribué à faire le nid de cette crise. Les banques affirment avoir tiré les leçons. Mais est-ce bien vrai ? 

Quel conseil voulez-vous donner aux dirigeants des banques belges ?

Sortez de vos tours d’ivoire. Expliquez ce que font les banques, pourquoi vous prenez certaines initiatives... Ne soyez pas toujours sur la défensive, ouvrez-vous davantage. Ne vous déchargez pas de cette mission sur l’organisation sectorielle, le département marketing de votre banque ou le service presse. Communiquez plus avec un large public au lieu de vous cantonner au cercle des décideurs politiques, des investisseurs institutionnels ou des grosses entreprises.

Quelle est la question financière à laquelle vous n’avez pas eu suffisamment de réponses ?

Pourquoi devrait-il y avoir un régime fiscal favorable pour les carnets d’épargne ? C’est un facteur de rigidité du système financier belge, qui empêche l’argent des épargnants et des investisseurs d’alimenter de manière fluide l’économie. Ce régime a pour conséquence que les banques se retrouvent avec des excédents d’épargne. Le régime fiscal favorable introduit une distorsion économique. Pourquoi les banques s’y cramponnent-elles autant ? Et ne me dites pas que c’est pour protéger les épargnants. 

 

Lieven Desmet, De Morgen

Quel regard portez-vous sur le monde de la finance en Belgique ?

J’adopte une double approche. J’ai bien conscience que le paysage bancaire n’est pas aussi homogène qu’on le pense souvent. Et en même temps, l’impact des grandes banques, tant sur le secteur financier que sur l’économie, est immense. Je veux bien croire que certains puissent encore y voir une saine concurrence, mais j’ai mes doutes. Je ne suis ni un nostalgique, ni un fanatique de l’ancrage, mais que l’essentiel de nos banques soient aux mains d’actionnaires étrangers ne me paraît pas totalement rassurant. 

Le journaliste financier : un métier à la croisée des chemins ?  

Comme s’il devait avoir une discordance entre le monde journalistique et financier ? Le secteur financier se prévaut volontiers - et à juste titre - de sa fonction sociétale. Présenter les choses de la sorte participe d’une approche journalistique. Depuis la crise financière, le secteur suscite des suspicions légitimes. Dès lors qu’une série de dossiers financiers ont un impact désastreux sur la société, cette suspicion continuera de prévaloir et les efforts d’autorégulation du secteur se retrouveront annihilés.

Quel conseil voulez-vous donner aux dirigeants des banques belges ?

Il serait particulièrement présomptueux, en tant que journaliste, d’apporter une réponse sur ce point. Mais étant donné que rien de ce qui touche un homme ne nous est étranger : éloignez-vous sans restriction ni réserve de toutes malversations. La confiance des citoyens dans leur institution bancaire a été ébranlée. La seule bonne réponse à leur apporter désormais est de faire preuve d’une totale transparence.

 

Dominique Liesse, L’Echo

Le journaliste financier : un métier à la croisée des chemins ?  

Le journaliste a lui aussi dû apprendre de la crise. Il y a d’abord eu des notions, qui de barbares sont devenues usuelles : CDO, swap, subprime… Des mots jadis peu énoncés et qui maintenant monopolisent le devant de la scène. Puis, il a dû apprendre à lire entre les lignes d’un bilan. Le journaliste doit décrypter le discours de l’enseigne, sachant aussi que les banques ont souvent mauvaise presse et que chaque élément négatif sera amplifié et parfois détourné par l’opinion publique.

Quelle est la question financière à laquelle vous n’avez pas eu suffisamment de réponses ?

Les banquiers restent frileux dans leurs relations avec la presse quand il s’agit de parler de leur état de santé. Ils se retranchent très souvent derrière la BNB pour expliquer leur refus de communiquer.  Un sujet, par contre, sur lequel ils sont prolixes : le poids de la régulation qui pèse sur eux.

Quel regard portez-vous sur le monde de la finance en Belgique ?

Il y a un avant et un après 2008. Sans arriver au profil des acteurs anglo-saxons, nos grandes banques avaient un (très) gros appétit. Ce qui a précipité leur chute. La page des exubérances tournée, la finance belge s’est recentrée sur son marché domestique, où l’épargne séduit de nombreux étrangers, mais où les taux et le tour de vis réglementaire ne permettent plus les niveaux de rentabilité d’autrefois. Le secteur doit donc se réinventer : on l’entend s’inquiéter des attentes des clients, il faut s’adapter à un monde de plus en plus virtuel, tout en maîtrisant strictement ses coûts.